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Son primal : comment libérer sa voix et ses émotions par le chant

23 sept.
7 min de lecture

Et si libérer sa voix commençait non pas par apprendre à mieux chanter… mais par retrouver des sons que notre corps sait déjà produire ?

Un cri d’appel. Un rire. Un soupir. Un gémissement. Un grand « HÉ ! » lancé à quelqu’un qui se trouve à l’autre bout de la rue.


Ces sons spontanés sont ce que la pédagogue vocale Janice L. Chapman appelle des « primal sounds », ou sons primaux.


Je les ai découverts d’abord comme des outils de technique vocale, notamment dans mon travail autour du belting et de la voix puissante.


Mais j’ai découvert quelque chose d’autre en les pratiquant : certains de ces sons me faisaient énormément de bien émotionnellement.

J’avais la sensation de libérer ma voix, bien sûr, mais aussi de laisser sortir quelque chose que j’avais retenu.


C’est cette rencontre entre technique vocale, chant intuitif, expression vocale et libération émotionnelle qui m’intéresse aujourd’hui dans mon travail autour du Chant Intégral® et de l’auto-soin par le chant.


Libérer sa voix par le son primal
Libérer sa voix par le son primal

Qu’est-ce qu’un son primal ?


Un son primal est un son instinctif, produit en réponse à une intention, une sensation ou une émotion.

Imagine que quelqu’un que tu connais passe à cinquante mètres de toi.

Tu veux l’appeler :


« HÉÉÉ ! »


Tu ne réfléchis normalement pas à ta respiration.

Tu ne te demandes pas comment positionner ton larynx.


Tu ne réfléchis pas consciemment à l’accolement de tes plis vocaux ou aux muscles expiratoires que tu dois engager.


Tu veux être entendu.


Alors ton corps et ta voix s’organisent pour produire ce son.


C’est précisément ce qui rend les sons primaux passionnants en technique vocale : ils permettent de partir d'un geste vocal spontané plutôt que d'essayer de contrôler consciemment chaque élément nécessaire à la production de la voix.


Janice Chapman et le « Primal Sound »


Le son primal occupe une place particulièrement importante dans le travail de la pédagogue vocale Janice L. Chapman.


Elle lui consacre le chapitre 2 de son ouvrage de référence Singing and Teaching Singing: A Holistic Approach to Classical Voice.


Dans son modèle d’apprentissage du chant, Chapman place même le Primal Sound parmi les éléments fondamentaux du travail vocal, aux côtés de la posture et de la respiration/soutien.


Pour elle, le chant implique la personne dans sa globalité : le corps, l’esprit, la personnalité et les émotions.

Lorsqu’on lui demande pourquoi le son primal est important pour le chanteur, elle explique qu’il :

“helps awaken the connections between the emotional motor system and the voice.”

Autrement dit, il contribue à réveiller les connexions entre le système moteur émotionnel et la voix.


Chapman explique également que cette connexion peut contribuer à rendre le chant à la fois plus facile et plus puissant.


Et je trouve cette idée absolument passionnante : l’émotion n’est plus quelque chose que l’on ajoute à la voix une fois que la technique est acquise. Elle peut participer au geste vocal lui-même.


Pourquoi le son primal peut-il aider à libérer sa voix ?


Produire un son puissant nécessite une coordination assez complexe.

Il faut gérer le souffle et la pression d’air, l’activité des muscles expiratoires, la phonation, la fermeture des plis vocaux, la résonance…


Quand on apprend à chanter, on peut donc facilement se retrouver avec énormément d’informations à gérer en même temps.


Respire comme ça.

Tiens-toi comme ça.

Soutiens.

Ouvre.

Projette.

Accole.

Résonne.


Et parfois… plus on essaie de contrôler sa voix, moins elle est libre.


Le son primal propose presque le chemin inverse.


Au lieu de dire au corps comment produire le son, on lui donne une intention.

Appelle quelqu’un.


Dis NON !

Ris.

Soupire.

Gémis.

Crie de joie.


Et observe comment ton corps s’organise spontanément.


Chapman explique justement que respiration et soutien participent à ces schémas corporels liés à la vocalisation émotionnelle. L’objectif n’est donc pas d’abandonner toute technique vocale, mais de retrouver une organisation corporelle naturelle sur laquelle la technique pourra ensuite s’appuyer.


Le « HÉ ! » : un exercice simple pour retrouver une voix puissante


Le son que je propose dans ma vidéo est extrêmement simple :

HÉ !


Mais attention : pas le petit « hé » poli qu’on prononcerait pour ne déranger personne.

Imagine vraiment que tu appelles quelqu’un.

La personne est loin.

Elle ne t’a pas vue.

Et tu veux qu’elle se retourne :

HÉÉÉ !

C’est en travaillant ce type de son pendant mes propres cours de chant, notamment autour du belting, que j’ai découvert quelque chose qui allait progressivement modifier ma manière d’aborder la voix.

Parce que oui, ça m’a aidée à accéder à une voix forte.

Mais surtout…

ça m’a fait du bien.


Libérer sa voix pour libérer ses émotions ?


C’est là que mon expérience a commencé à dépasser la simple technique vocale.

Lorsque je produisais ces sons très puissants, je ressentais parfois une véritable sensation de libération émotionnelle.


Comme si je pouvais enfin laisser sortir quelque chose.

Et cela m’a amenée à regarder autrement notre rapport à la voix.

Parce qu’en réalité, combien de sons retenons-nous ?


Nous retenons nos cris.

Nous retenons nos pleurs.

Nous retenons parfois nos rires.

Nous retenons notre colère.

Nous baissons la voix pour ne pas déranger.

Nous n’osons pas appeler.

Nous n’osons pas dire non.


Nous n’osons pas toujours prendre toute la place que pourrait prendre notre voix.

Alors forcément, lorsqu’on s’autorise soudain à produire un son plein, puissant, incarné, l’expérience peut être intense.


Son primal, émotions et hypersensibilité


Ce travail autour de l’expression vocale peut être particulièrement intéressant lorsqu’on vit ses émotions très intensément, notamment dans l’hypersensibilité.


Quand on ressent beaucoup de choses, on cherche souvent à comprendre ses émotions.

Pourquoi je ressens ça ?

D’où ça vient ?

Qu’est-ce que cela signifie ?

Mais nous n’avons pas toujours besoin de passer uniquement par les mots.

La voix permet aussi une autre forme d’expression émotionnelle.


Faire un son.

Le laisser évoluer.

Laisser apparaître un soupir, un rire, une plainte, un cri, une mélodie.


C’est justement ce qui m’intéresse dans le chant intuitif : utiliser la voix non seulement comme un instrument musical, mais comme un espace d’exploration de ce qui est présent dans le corps et dans l’émotion.


Est-ce scientifiquement prouvé qu’un son primal « libère une émotion bloquée » ?


Je trouve important d’être précise sur ce point.


Les travaux de Janice Chapman permettent d’étayer l’existence d’une relation entre vocalisation émotionnelle, organisation corporelle et production de la voix.


En revanche, ils ne permettent pas d’affirmer scientifiquement qu’une émotion serait physiquement « stockée » quelque part dans le corps et qu’un cri viendrait littéralement la faire sortir.


Quand je parle de libération émotionnelle par la voix, je parle donc avant tout d’une expérience.


Une expérience que j’ai vécue personnellement et que j’observe aussi dans ma pratique.

Pour certaines personnes, produire un son puissant peut provoquer des larmes.

Pour d’autres, un rire.


Pour d’autres encore, une sensation de puissance, de soulagement ou d’espace.

Et parfois il ne se passe rien de spectaculaire.


On découvre simplement :

« Waouh. C'est vraiment ma voix qui vient de faire ça ? »

Et ce moment-là peut déjà changer beaucoup de choses.


Du son primal au chant intuitif : utiliser sa voix pour prendre soin de soi


C’est cette expérience qui m’a progressivement amenée à intégrer davantage le son primal dans ma pratique du chant intuitif et du Chant Intégral®.


Parce que pour moi, libérer sa voix ne signifie pas seulement gagner des aigus ou apprendre à chanter plus fort.


C’est aussi retrouver une expression vocale plus spontanée.


Oser faire du son.

Oser être entendu.

Explorer ses émotions autrement.


Retrouver une connexion entre le corps, la voix et ce que l’on ressent.

Et utiliser progressivement sa propre voix comme un outil d’auto-soin.


C’est là que la technique vocale et le chant intuitif se rejoignent.


La technique vocale nous aide à comprendre notre instrument et à l’utiliser de manière plus libre et plus sûre.


Le chant intuitif nous permet parfois d’arrêter de vouloir contrôler cet instrument pour écouter ce qui cherche spontanément à s’exprimer.


Et entre les deux, il y a quelque chose qui me passionne :

retrouver une voix qui nous ressemble vraiment.


Comment essayer le son primal ?


Tu peux déjà essayer quelque chose de très simple.

Imagine quelqu’un à plusieurs dizaines de mètres de toi.

Tu veux attirer son attention.


Laisse sortir :

« HÉ ! »

Ne cherche pas à faire un beau son.

Ne cherche pas à chanter juste.

Ne cherche même pas à chanter.


Appelle.

Et observe.

Qu’est-ce qui se passe dans ton corps ?

Est-ce que le son sort facilement ?

Est-ce que tu le retiens ?

Est-ce que tu as envie de rire ?

Est-ce que tu te sens gêné·e ?

Est-ce que quelque chose se relâche ?

Est-ce que tu aimerais recommencer, mais encore plus fort ?


Tout cela fait partie de l’exploration.


Évidemment, l’objectif n’est jamais de forcer ou de pousser la voix jusqu’à ressentir une douleur. Un son puissant n’a pas besoin d’être douloureux. Si tu ressens une douleur, une brûlure ou un inconfort vocal important, tu t’arrêtes.


Apprendre à utiliser le chant intuitif comme outil d’auto-soin


C’est exactement ce lien entre voix, émotions, corps et chant intuitif que je te propose d’explorer dans mon travail autour du Chant Intégral®.


Le 25 septembre, j’anime un atelier offert de chant intuitif pour découvrir comment utiliser sa voix autrement.


Tu n’as absolument pas besoin de savoir chanter.


Tu peux venir parce que tu aimes chanter, parce que tu n’oses justement pas chanter, parce que tu t’intéresses au bien-être par la voix, à la libération émotionnelle, à l’hypersensibilité, au soin par le son, ou simplement parce que tu es curieux·se de découvrir ce que ta voix peut faire.


Je présenterai également ma formation à l’auto-soin par le chant intuitif, un parcours de trois mois pour apprendre progressivement à utiliser sa voix comme outil de pratique personnelle.


Parce qu’avant de chercher à avoir une belle voix, nous pouvons peut-être commencer par une chose beaucoup plus simple :

nous autoriser à avoir une voix.


Et à la laisser prendre sa place.

 
 
 

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